Berangere Nemoz –
Berangere nemoz

Genèse du projet : Ce projet est né du constat que lorsque l’aidé est décédé, l’ex-aidant se retrouve seul et isolé dans un environnement et un espace vide avec un temps « plein » de rien, qu’il ne sait plus utiliser et souffre en silence (le nom même d’« aidant » lui ai enlevé). De même, lors d’un décès soudain d’un proche, le manque amène à ce vide associé généralement à un sentiment d’injustice et de culpabilité : regret d’actions, de paroles. Ainsi, émotions (colère, tristesse…) et sentiments (abandon…) entraînent des souffrances souvent non exprimées du fait de l’isolement, de non-dits vers ou par l’entourage. La Société elle-même demande de zapper, de continuer à vivre car la mort est encore un sujet tabou. Pourtant la seule chose que l’on sait lorsque l’on nait, est qu’il y aura une fin. D’en parler, ne fait pas mourir mais peut nous ramener à notre propre mort. La période COVID a amplifié l’isolement en interdisant les rituels et a multiplié ces sentiments et émotions. De plus, un décès peut faire écho un autre deuil plus ancien non exprimé, source de développement de pathologies. Les personnes résident souvent à domicile, ne sont pas « repérées » par des structures ou communes et donc ne bénéficient d’aucune prise en charge, petit à petit elles peuvent se laisser mourir ou se suicider.
Objectif : Ce projet permet d’accompagner ces personnes afin qu’elles puissent vivre leur quotidien AVEC le manque de la personne partie et retrouver des « en-vies.» Elles entendent et voient qu’elles ne sont pas seules à vivre cette situation, se « livrent » en confiance et tissent des liens.
L’isolement peut aussi être rompu car j’informe les participants sur les différentes associations, activités et services communaux qui existent près de chez eux. C’est un travail de mise en réseau qui se tisse, qu’ils peuvent intégrer.
Moyens : C’est un processus à vivre sur 5 mois, 7 ateliers collectifs de 3 heures à une fréquence de 15 jours environ, ouverts au maximum à 10 personnes. Les participants s’engagent sur les 7 dates. Les ateliers mélangent des moments théoriques et pratiques avec des échanges verbaux mais aussi des temps artistiques: relaxation sonore, jeux pour le « je », photolangage, jeux de rôles… Chaque atelier correspond à un thème du processus, adaptable au groupe permettant de se ressourcer, de réfléchir, de ressentir, de tester à maison dans le quotidien et de revenir avec des questions et des remarques. Par ces échanges, le groupe va (re)créer des liens, amener une énergie. Les rires et les sourires sont bien présents aussi. Redécouverts sous ces strates, les sens (l’essence) de la vie sont (est) de nouveau possible.
Différentes sessions ont déjà été organisées en Isère,
« portées » par différents partenaires (CCAS, Groupement Hospitalier Nord Dauphiné, EHPAD) et financées par différentes mutuelles prévoyance, ainsi l’aspect financier n’est pas un frein. Aujourd’hui, 100% des bénéficiaires recommandent ce projet et sont des “ambassadeurs” vis à vis de leurs pairs car ils ont ressenti et vécus les résultats.
Art-thérapeute diplômée depuis 15 ans, je travaille en libéral avec comme médiation principale la musique, les sons et la voix. Les vibrations des sons viennent faire résonances à celles du corps pour accompagner l’expression, la confiance en soi et l’estime de soi. Je vous remercie de me donner l’espace pour parler de ce projet innovant d’autant qu’aujourd’hui la société parle plus de la personne en fin de vie que de ses proches.
Témoignages :
« Cet accompagnement m’a permis d’avoir de nouveaux yeux. Et puis on se voit et ça brise la solitude. » Pierre 82 ans, son épouse.
« J’avais une grande solitude morale et un grand vide après le départ de mes parents la même année. Ces ateliers nous aident à s’extérioriser sans complexe, à lâcher-prise sur les émotions. » Martine 65 ans, ses parents.
« J’acceptais le départ de ma maman mais pas la raison injuste avec laquelle elle est partie (Covid). Ici, on communique avec des personnes que l’on ne côtoie pas au quotidien et cela donne la force au groupe, on dirait qu’on se connaît depuis longtemps. Je me sentais mieux quand je partais qu’en arrivant. Ces séances pourraient être également appelées accompagnement à la Vie. » Laurent 65 ans, sa maman.
« Je ne pouvais pas parler à mes proches sans pleurer donc cela était impossible à partager car il me semblait que leur chagrin serait plus fort que le mien et je ne m’autorisais pas à être faible devant mes petits-enfants, mon gendre, les amis de ma fille. Les temps étaient appropriés l’un après l’autre, nécessaires pour dévier ce mal-être. Cela a permis de rompre ma solitude. » Colette 71 ans, sa fille.
« Les ateliers m’ont permis de pouvoir parler librement, sans jugement. Ils m’ont permis de comprendre comment et pourquoi les attitudes des personnes endeuillées diffèrent et m’ont permis de me ressourcer. L’expression par les instruments est libératrice. » Christine 61 ans, sa maman.

